Crise dans la filière café-Cacao : les vraies raisons de la suspension de certaines coopératives





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la filière café-cacao est secouée par une crise



La filière café-cacao en Côte d’Ivoire est secouée par une crise depuis le début de la saison 2023-2024. Selon des informations émanant de certains producteurs qui nous ont approchés, des « coopératives liées à des acteurs libanais » ont été suspendues par le Conseil du café-cacao, régulateur de la filière,  parce qu’elles achetaient des fèves de cacao au-delà du prix réglementé.

Des observateurs du milieu, que nous avons contactés,  nous ont fait comprendre que, pour chaque campagne, c’est l’État de Côte d’Ivoire qui fixe le prix bord champs garanti au producteur. Une décision prise après avoir expérimenté divers systèmes de vente de son café et de son cacao. D’abord le système libéral qui rendait les planteurs ivoiriens vulnérables puisque leur survie dépendait des multinationales qui achetaient leur production selon le prix qu’elles voulaient bien fixer, contrôlant ainsi la filière. Après l’échec de cette façon de faire, l’Etat a adopté un système de commercialisation stabilisé qui garantit un prix au producteur, qui marche jusque-là.

« Cela répond à une volonté de l’État de protéger le million de petits producteurs ivoiriens des fluctuations du marché. Un marché international sur lequel le prix ne cesse de monter et de descendre. Ainsi, selon les années, si les cours du cacao sont bas, les producteurs ivoiriens, grâce au prix garanti, toucheront une meilleure rémunération ; si les cours sont hauts, comme c’est le cas en cette année 2024, alors cela bénéficiera aussi aux planteurs au cours de la prochaine saison, puisque les ventes de cacao sont anticipées. Le cacao récolté en 2024 a été vendu par anticipation en 2023 ; tandis que le cacao qui sera produit en 2025 est déjà mis sur le marché actuellement », a fait savoir un observateur qui a requis l’anonymat.

Mais, toujours selon nos sources, faisant fi de la réglementation en vigueur pour cette petite campagne, certaines sociétés coopératives et certains opérateurs ne jouent pas le jeu, attirant sur eux l’attention du gendarme de la filière qui leur a retiré leurs codes de vente et d’achat.

Contactées sur la question, les directions de la communication et de la commercialisation intérieure du Conseil du café-cacao nous ont expliqué ce qu’il en est.

« Le Conseil du Café-Cacao organe de régulation de la filière réalise de façon périodique des opérations de contrôle auprès des opérateurs agréés afin de s’assurer du respect des textes règlementaires qui encadrent la campagne de commercialisation. Les derniers contrôles réalisés de la filière ont permis d’identifier un groupe d’opérateurs, sociétés coopératives et acheteurs s’adonnant à des pratiques qui violent les dispositions de la filière. De façon plus explicite, il y a une rétention inexpliquée des stocks au-delà de la durée admise pour le portage des stocks. Nous avons noté aussi une fraude massive sur les déclarations de volumes de produits certifiés pour bénéficier indûment de la prime de certification, au détriment des producteurs. Sans oublier la spéculation sur le prix du cacao à l’entrée des usines alors que le produit est acquis au producteur au prix du barème fixé à 1500 F CFA le kilogramme. Enfin, nous avons constaté une exportation illicite du café et du cacao vers la Guinée et le Liberia, ce qui constitue un manque à gagner de plusieurs milliards pour l’État de Côte d’Ivoire. Face à ces pratiques illégales, le Conseil du café-cacao a mis en application les sanctions requises en la matière, notamment, la suspension des codes d’accès au système, sans distinction d’ethnie, d’origine ou de nationalité des responsables des structures suspendues», ont expliqué nos informateurs.

Ils ont souligné que les enquêtes réalisées sur le terrain ont révélé que les prix en zone de production sont conformes au garanti et qu’aucun producteur ne fait l’objet d’un sur-paiement de la part de ces opérateurs. Tout en rappelant que tous les opérateurs exerçant dans la filière café-cacao sont soumis à un agrément nécessitant un engagement au respect des dispositions réglementaires.

« Il paraît donc tendancieux de présenter les sanctions aux opérateurs de la filière comme étant dirigées vers une communauté donnée et pour une raison autre que celle qui a motivé la prise desdites sanctions », ont-ils tenu à préciser.

Un document mis à notre disposition nous a fait savoir que dans une autre affaire, au mois d’avril 2024, le Conseil du café-cacao avait mené des investigations, après avoir fait le constat d’une déclaration massive de volume de cacao certifié Fairtrade dans le système de gestion de la commercialisation intérieure. Cette enquête avait abouti à la découverte d’un réseau de « blanchiment de stock de produit certifié » tenu par certains opérateurs de la chaîne de commercialisation intérieure. Pour bénéficier indûment de la prime de certification, des opérateurs malhonnêtes collectaient du produit ordinaire, donc non certifié, qu’ils déclaraient sous label certifié Fairtrade. Pour stopper ces arnaques, le Conseil du café-cacao avait suspendu temporairement ce label de son système afin d’identifier et de sanctionner les opérateurs qui s’adonnaient à cette pratique qui met en péril la crédibilité du label. Décision qui avait été soutenue par Fairtrade International puisqu’il en allait de la valeur de ses certifications.

Cette saison 2023-2024, pour la grande campagne (du 1er octobre 2023 au 31 mars 2024), le prix fixé par l’État était de 1000 F CFA le kilo de cacao et, pour la petite campagne (du 1er avril au 30 septembre 2024), le prix fixé est de 1500 F CFA le kilo.

Solange ARALAMON

 


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