Flash Info

La réforme de la CEI ne peut attendre

La réforme de la CEI ne peut attendre

MON ÉDITO
NOTRE VOIE Réagir Ajouter à mon journal

Depuis 2011, chaque fois que le débat sur la réforme de la Commission Électorale Indépendante (CEI) refait surface, il se trouve toujours quelqu’un, parfois même d’éminentes personnalités politiques, pour ne voir la question qu’à travers le prisme déformant de la personnalité controversée du président Youssouf Bakayoko qui, il faut bien l’avouer, a donné beaucoup de grains à moudre à ses détracteurs. Cela dit, ce n’est qu’une infime partie visible de l’iceberg qui s’enfonce dans l’océan ivoire encore endormi.

 

  De fait, la première chose frappante est la dichotomie entre sa supposée indépendance et sa nature réelle. Car, à moins de vouloir se voiler la face, la dépendance congénitale de l’actuelle CEI au régime en place saute aux yeux. Non pas à cause de la présence en son sein de M. Youssouf Bakayoko ou de personnalités tout aussi controversées, mais essentiellement parce que  l’exécutif ivoirien exerce une telle pression financière sur l’institution qu’elle fonctionne finalement comme un démembrement de l’administration publique. Résultat, si dans les textes il est écrit que la CEI jouit de l’autonomie financière, c’est en réalité l’exécutif (le ministère des finances) qui règle les factures. A son rythme. Ce qui explique le fait que la CEI, d’après certains opérateurs économiques, a dû négocier des reports d’échéances de paiement de factures à plusieurs reprises durant ces dernières années. Et ce n’est pas tout.

 

L’inféodation financière de la CEI au gouvernement n’est pas la seule anomalie de l’institution. Au-delà de ce défaut de fonctionnement majeur, la commission centrale actuelle porte en elle-même les germes de son déséquilibre structurel. Car, sur les 17 membres (tous avec droit de vote) qui la composent, neuf sont des représentants du pouvoir en place dont un nommé par le président de la République qui se trouve être le président de l’institution censée être indépendante. Du fait donc de ce déséquilibre évident qui lui est favorable, le régime en place multiplie les impairs pour garder les choses en l’état le plus longtemps possible. Même le chef de l’Etat, après un discours jugé remarquable par tous, le 6 aout dernier, n’a pas hésité, un mois plus tard, à se dédire. Pour garder à son club le bénéfice de l’arbitre avant le match.

 

Or, en choisissant cette option, Alassane Ouattara et le RDR prennent un pari risqué pour eux-mêmes et pour la Côte d’Ivoire. Pour eux-mêmes parce qu’ils ont l’occasion des prochaines élections municipales et régionales pour démontrer à tous leur majorité avec une CEI consensuelle. S’y refuser, c’est reconnaitre de facto sa minorité et prêter le flanc à toutes sortes d’interprétation. D’un autre côté, en reprenant sa parole si rapidement, Alassane Ouattara a ouvert la boite de pandore. Car, si de 2010 à nos jours, ils ont pu imposer leur volonté aux Ivoiriens sans coup férir, c’est en grande partie parce que PDCI leur a apporté sa caution. Et que, l’opposition traditionnelle est trop divisée pour entreprendre ensemble. Aujourd’hui, la donne a considérablement évolué. Sans être formellement devenu parti d’opposition, le parti de Félix Houphouët-Boigny est désormais dans l’opposition. En plus, il est en passe de fédérer, au sein d’une nouvelle plate-forme en gestation, un certain nombre de ces formations et mouvements politiques dont le FPI. On peut donc dire que dans les faits, la majorité a changé de bord.

 

L’opposition, dans son ensemble, demande le report des prochaines élections « inclusives » promises le 6 août. Le président Ouattara vient de refuser cette requête tandis que la CEI est incapable de tenir ses délais. La date butoir (29 août) de dépôt des candidatures n’a pas été respectée ; la date de publication (7 septembre) de la liste des candidats n’a pas été tenue. Jusqu’où ira-t-on pour s’apercevoir que l’on est en train de moudre du mauvais grain ? Les signes avant-coureurs de 2010 sont pourtant là. Il faut les interpréter judicieusement. Sinon, les Ivoiriens dans leur semble n’auront que leurs yeux pour pleurer. 

Notez l' article

A lire également

Inscrivez-vous pour recevoir
notre newsletter

Société des Editeurs de Presse de Côte d'Ivoire
Abidjan-Adjamé
SICOGI, 80 logements, Bat. A, 2ème étage, Porte 6
Tél. : 20 38 42 00
04 BP 1947 Abidjan 04
Retrouvez-nous sur